Uruk Haram

S/Lay w/Me

texte de présentation : La boîte Heuhh

S/Lay w/Me est un jeu de rôle pour deux joueurs, jouable en 2 heures (et moins). Il se déroule dans un univers de sword and sorcery à la manière de celui de Conan le Barbare.

Editeur : La boîte Heuhh

Avec :
Maxime dans le rôle de Moi et Guillaume dans le rôle de ToiPar Guillaume

Toi

"Je suis moi-même. Je suis malin, brutal et plain d'expérience. Je ris à la face des dieux. Je jouis de mon existence. Mes ennemis trouvent une mort rapide"

"Je suis un hors-la-loi pourchassé, endurci et amer, mais je garde espoir"

"Je suis un homme d'âge mûr, aux cheveux courts et grisonnants. Mon visage est marqué par le soleil, fermé et sombre. Il porte des traces, des cicatrices. Je suis de taille moyenne. Mon corps est trapu, mes mains sont larges et calleuses. J'ai une démarche assez lente mais ferme et décidée. Je m'habille de vêtements simples, souvent volés, usés, à l'inverse du tape à l’oeil. Je me fonds dans la masse au possible, mais mon physique et mon attitude provoquent parfois des regards inquiets ou interrogateurs ."

L'histoire se déroule dans la Cité des Rats, où les voleurs payent des taxes.

Je viens trouver l'homme qui m'a trahi 15 ans auparavant et à cause de qui je suis resté enchaîné 8 longues années dans une carrière de pierre, avant de m'enfuir et de mener une existence de hors-la-loi, attendant l'heure de ma vengeance...

Moi

Uruk’Haram, le port du désert, la cité des rats, plantée là, à l’extrême Est des plaines verdoyantes d’Akad. Ecrasée par la fournaise infernale d’un dieu solaire mourant, ses murs se dressent encore vaillamment contre les vents brûlants d’un erg sans fin.

Ses ruelles sinueuses palpitent d’une vie trop dense. Des charretiers par centaines traînent leur pesante marchandise tractée par des bœufs fatigués. Des marchands, des pages, des prêtres usés courent en tous sens, se bousculent et s’insultent. Les prostituées et égorgeurs nocturnes se mêlent aux courtisanes et détrousseurs officiels, dans un chaos grouillant sur le tas d’immondices odorifères qui pave les rues. Les pas de la foule résonnent dans les souterrains obscurs et délabrés, où se cache, dans la relative fraîcheur et la précieuse humidité, des choses que même les plus valeureux guerriers n’osent imaginer.

Comme un grondement de tonnerre, les cornes du palais de marbre et d’or où réside la reine-déesse d’Uruk’haram, retentissent, et toute activité dans la ville s’arrête brusquement. Les amants se figent. Les lames glissent sur les gorges sans les trancher. Le silence devient absolu. Les portes du palais s’ouvrent en silence pour laisser place à l’immense char royal, tiré par deux braks blancs, d’ébène sertit de rubis. Tous ceux qui se trouvent sur la place où le char de la reine s’avance remercient les dieux de s’être trouvé là. Et ceux qui meurent broyés par ses roues d’acier, expirent dans une extase indicible.

Toi

- "Quel est ce bruit ?" pensai-je. Le temps que je formule cette pensée, le tumulte naturel de la taverne du Korg Ailé disparaît laissant la place à un calme plat qui en ce lieu semble irréel. Des regards interloqués, stupéfiés, s'échangent au hasard avant que les "clients" de ce lieu pas plus recommandé qu'un autre ne se précipitent dans la ruelle, comme poussés par un instinct profondément enfoui, laissant là leurs dés pipés, butins potentiels, fioles de poison en cours d'utilisation ou lâchant la dague qu'ils s'apprêtaient à planter entre les côtes du premier venu à la bourse trop pleine.

- "Merde". Je n'aime pas ce genre de moment. Tout le monde semble savoir ce qu'il se passe et que faire. Tous sauf moi. Dans une foule quotidienne, la plupart des éléments qui la composent circule au hasard et n'importe qui y est anonyme dès lors qu'il n'en fait pas trop. A présent que toutes les individualités ont été nivelées voir supprimées et remplacées par une attitude commune générale, celui qui cherchait à s'y cacher est révélé au grand jour. Car il y a toujours dans ces marées vivantes quelqu'un qui scrute, qui surveille en silence, cherchant le grumeau dans la mélasse. Il va falloir redoubler de prudence en suivant ces zombies. Toujours chercher à regarder devant l'épaule de celui qui me précède, tenter de voir plus loin que la touffe de poils qui frotte mon visage, forcer une attitude excitée et concernée, ne pas hésiter en sentant mon pied s'enfoncer d'un coup dans une chair piétinée, ne pas baisser les yeux au moindre os qui craque sous mon poids. - "Ce ne sera pas aisé..."

La ruelle est pleine, le flot se dirige vers la grande avenue. Au, loin, par dessus les taudis entassés du vieux quartier, j'aperçois les pointes dorées d'un bâtiment en mouvement. A quelques pas sur ma gauche, une petite ruelle s'enfonce entre les constructions, et semble pouvoir m'éloigner de ce vivier insupportable. - "Faut que je me casse de là avant que je-ne-sais-qui ne reconnaisse ma tronche" Je me dirige vers la ruelle salvatrice...

Moi

Après quelques pas la ruelle s’éclate en un dédale de venelles sombres et désertes. La solitude et le silence ont quelque chose de réconfortant. Des volés de marches partent en tous sens dans des bâtiments de pierres nues, effondrés. La splendeur des vastes vestibules a laissé place à des placettes à ciel ouvert où s'amoncellent des taudis récemment vidés de leurs occupants. Tu erres jusqu’à une ancienne cour privée. Une voix retenti soudain, remplit l’espace, comme amplifiée par un procédé étrange. Cette voix tu la connais, la cherches et la détestes. Resurgi d’un passé lointain, la voix du traître attise le feu d’une haine que les années n’ont pas étouffée.

-“Citoyens d’Uruk’haram, métèques, mercenaires et esclaves, écoutez moi. La chose qui hante nos souterrains a encore frappé cette nuit. Et cette fois au cœur même du palais royal. C’est avec une sincère tristesse que je dois vous annoncer la disparition de la sœur de notre reine, déesse et protectrice. La princesse Emine a disparu, emportée par les odieuses griffes du monstre. Les responsables de la garde seront pendus dans la journée, mais cela ne suffira pas à laver le viol dont a été victime notre sanctuaire. C’est pourquoi notre bienveillante reine vous demande à tous de prendre les armes, de descendre dans les catacombes, de trouver la bête et de lui ramener sa tête. Celui ou celle qui y parviendra se verra attribuer l’honneur d’engendrer la prochaine reine. Qu'il en soit ainsi par la volonté de Shamash.”

Les rumeurs qui évoquaient son ascension sociale, sournoises et sanglantes, jusqu’au grade de grand écusson de la reine-déesse d’Uruk’haram, disaient vrai. Ton ennemi est là, dans cette ville, et sa voix honnie résonnent partout entre ses remparts. Un sourire mauvais déchire ton visage, plie tes cicatrices. Le souvenir de la douleur est suave comme un vin du nord.

Tu reprends tes esprits. Rapidement. Tu n’es pas du genre à laisser tes pensées divaguer trop longtemps. Toujours cette ancienne cour et, face à toi, un jeune garçon, huit ou neuf ans. Il te dévisage un instant puis fait mine de s’enfuir. Rien n’indique qu’il sache qui tu es, mais la Ligue a juré ta mort et la Ligue a des espions partout.

Toi

Cette voix. Cette voix qui tout à coup emplit mon esprit. Les images s'entrechoquent. Je me revois 15 ans auparavant. J'ai 25 ans. Je suis à genou dans la chambre de mon père. Dans mes bras, je tiens sa tête sur laquelle tombent des larmes chaudes qui se mêlent au sang et collent ses cheveux en paquet sur son front. Son corps est encore chaud, mais il ne bat plus. Ses yeux sont ouverts, mais il ne me verra plus. Et sa bouche ne me dira jamais son dernier mot. Dans les escaliers de la tour menant à ses appartements, j'entends des pas rythmés. Le bruit du métal. La porte qui s'ouvre dans un claquement sec, et les gardes qui entrent. Je le vois, lui. Il me montre du doigt en donnant un ordre. Que fait-il ? De quel droit donne t-il des ordres à la garde de mon père ? Des jambes qui m'encerclent. Des bras qui me soulèvent et me traînent loin du corps assassiné de mon seigneur et père. Dans la dernière vision que j'ai de ce qui fût autrefois chez moi, je le vois debout, qui me regarde avec ce sourire sadique que je n'oublierai jamais, se tenant entre moi et celui qui l'avait élevé comme son fils. Ce bâtard... Né dans l'infamie la plus totale, dont le premier souffle déshonora en un instant toute sa glorieuse ascendance, et que mon père, magnanime et humain, recueilli auprès de lui pour le sauver des flammes qui l'attendaient à la sortie du ventre de sa misérable mère... Et le voilà, ici. A des lieues de l'endroit où il fit de moi un criminel. Tout cela, toute cette cruauté, toutes ces années perdues, pour qu'il se débarrasse ainsi de son héritage volé afin de continuer sa quête de gloire personnelle et d'ascension...

Ce regard perçant qui me dévisage, et qui disparaît en un instant derrière une charrette. - "Putain, c'était qui ce gosse ?" Moi qui pensait les avoir semé après ma fuite par les souterrains d'Al-Barum l'été dernier. Se pourrait-il que la Ligue m'ait retrouvé ici ? - "Ces chiens sont partout..." Ces chiens. Justiciers autoproclamés qui derrière leur beaux discours et leurs grandes actions pour la justice et la défense des opprimés ne sont que des mercenaires à la solde des pires ordures de cette planète. - "Ce ne peut-être un hasard... non ce ne peut..."

Tout a coup, mes yeux se plissent. Le plan s'élabore. Descendre dans les souterrains, trouver le monstre ou quoi-que-ce-soit dont ces abrutis semblent avoir peur. Ramener sa tête au palais et engrosser la Reine. Dans l'intimité de la couche, lui révéler alors de quelle infamie elle s'est entachée en accueillant cet être indigne dans son palais, et alors prendre ma vengeance. Lui ne pourra me reconnaître. Comment le pourrait-il ? Mes traits sont bien trop différents. Mon corps n'est plus le même. Il ne soupçonnera pas le jeune guerrier audacieux aux cheveux longs derrière cette figure de renégat.

Mais le monstre peut attendre un instant. Après tout, que ce soit moi ou un autre qui le tue en premier, on est bien dans la cité des voleurs non ? Tout ce que je porte m'appartient. Et de toute façon, je doute que le seul espoir de vider sa semence dans une sale truie certainement gonflée de graisse et de manières ne soit une motivation suffisante pour tous ces couards.

- "Aiguise tes griffes et tes crocs sur les premiers venus, chose. Profite de ce qui te sert de tête car bientôt elle serra mienne... et la tienne aussi, abject rejeton, mais d'abord je profiterai de ta souffrance"

Un sourire cruel vient creuser mes rides. J'attrape un crochet en métal qui dépasse d'une charrette et je plonge, plus déterminé que jamais à la poursuite du gamin.

Moi

Il n’a que quelques pas d’avance. L’enfant panique. Il perd du temps, cherche sa route, se retourne sans cesse. Tu le suis tranquillement, déterminé. L’odeur d’ordure du bidonville devient plus forte. Dans les profondeurs de la cité les terrasses des aristocrates qui habitent les plus hauts étages, cachent depuis longtemps la lumière du soleil. Ici tout fermente. Sous des porches, dans les ruines, des chiens errants, des rats faméliques, des aveugles, estropiés et vieillards, attendent sagement la mort. Un lépreux, par habitude, te tend une main à laquelle il ne reste plus aucun doigt.

L’enfant se précipite sous une arche. Tu accélères. Le rattrapes. Dans une pièce microscopique vit une famille, sale, défaite, malade. L’enfant se précipite dans les bras d’une femme vieillie avant l’âge. Ses longs cheveux gris et gras se mêlent à ses guenilles. Une tripoté de gamins crasseux la borde. Tous te regardent ahuries. Une queue de rat dépasse de la bouche d’une fillette de quatre ou cinq ans. C’est la seule chose qui bouge.
Ne nous tuez pas seigneur, implore la mère. »

Elle fouille dans ses haillons et en sort un gris-gris ridicule en os de rat.
Prenez… prenez tout seigneur. »

Elle lance le gris-gris à tes pieds. Tu ne réagis pas tout de suite. Elle se met à pleurer.
Prenez elle… prend ma fille. »

Elle attrape par le bras une gamine à peine pubère et la pousse vers toi. La fille à l’air attardé. Elle bave légèrement et il lui manque des cheveux par poignée. Son visage est mignon mais ravagé par des traces de coups sadiques. Lorsque sa mère la lâche elle tombe à genoux et te regarde, l’œil vide.

Toi
- "Attendez... attendez..."

Je jette un rapide coup d'oeil à l'endroit. Une pièce sombre, humide. L'air sent la crasse le vieux et le gras. Dans un coin, un feu de bois au sol fait chauffer une marmite cabossée, d'où s'échappe une odeur âcre. Au dessus du feu, l'angle des mur est couvert d'une épaisse couche de suie noire qui monte jusqu'au plafond si bas que je le touche presque avec ma tête. Le sol en boue piétinée plus qu'en terre battue est couvert de tissus sales et abîmés qui semblent servir de couche commune à cette meute. Rien sur les murs, pas même un vieux crépi, hormis quelques tissus suspendus ça et là (des habits, des chiffons ? rien ne les distingue) et une plaque de bois gravée à l'effigie d'une femme, certainement sainte. En apparence, aucune autre sortie que le trou par lequel je suis entré.

Quel endroit pourri. Comment des humains peuvent-ils vivre là ? Comment peut-on les laisser y vivre ? J'aimerai y foutre le feu et cramer d'un coup tous ces déchets, tout ce quartier, et peut-être même ses occupants avec.

Les gamins me dévisagent. La mère semble affolée. Une petite crasseuse débile me regarde dans ma direction, mais pas dans mes yeux, la morve au nez et en train de se gratter les fesses. Je tente un sourire avant de comprendre l'inutilité de mon geste.

-"Qui êtes vous ? Pourquoi ce gamin me regardait-il ?"

La mère continue à me pousser sa gamine, tandis que les autres se resserrent contre leur génitrice. Ils semblent apeurés... soit la Ligue leur a promis un quignon de pain contre des renseignements, soit il s'agit juste d'une lamentable méprise.

-"Ecoutez... je ne veux pas de votre gamine... je ne veux aucun de vos enfants, et je ne vous probablement pas de mal. Je ne vois pas ce que je pourrais vous enlever qu'il ne vous manque déjà. Mais je ne suis pas un bienfaiteur".

-"Alors réponds moi", dis-je en tournant la tête vers le gosse. "Qui est tu et que me voulais-tu ?"

J'attends une réponse. Je soupire et plonge la main dans ma poche. J'en retire deux pièces que je jette aux pieds du gamin.

Moi

Toute la portée lance un regard cupide sur les pièces qui teintent en tombant. Le gamin lève les yeux sur toi.

-« je surveille pour Harim. Harim il a un passage vers les trous et il cache des trucs et moi je surveille pour voir si y’a des gardes qui vient. Il est parti voir la reine et il m’a dit surveille qui a personne. Mais je ne savais pas quoi faire. Alors… alors… », Puis il se met à pleurer.

En le titillant un peu tu comprends malgré sa syntaxe hasardeuse que le fameux Harim est un petit caïd qui tyrannise le quartier et fait surement un peu de contrebande. Pas le genre de type avec qui la Ligue fricote.

Toi

Harim. Jamais entendu ce nom là. Plongeant la main dans ma besace, j'y sens une petite bourse d'appoint qui ne manquera pas, mais qui ici ferait des miracles... enfin, presque.

- "Ecoute... voilà ce que l'on va faire. Tu vas me montrer ce que cache Harim et me dira si tu sais où me trouver une arme dans son merdier. Ensuite, tu me montreras le passage. Quand tu aura fini, je te donnerai ça. Tu amèneras ta famille loin d'ici et vous m'oublierez tous. Mais d'abord tu vas me dire tout ce que tu sais la voix que l'on a entendu parler à l'instant dans toute la ville. C'est compris ?"

Moi

le bruit des pièce qui tintent dans le bourse semble réveiller le garçon et apaisé sa terreur. Il fait “oui” de la tête et te prend par le bras pour t'emmener loin de cette caverne malodorante. A peine le huis passé tu entends un choc sourd derrière toi. Tendu, tu te retournes. C’est l’adolescente qui s’est vautré comme une planche dans la boue lorsque sa mère l’a lâchée. -”T'inquiète. Elle fait toujours ça, te rassure le gamin”. Il sourit et prend les devants. ”Je m’appelle Guivrech”

Sur le chemin il te raconte que la voix entendue est celle du nouveau grand salk de la reine-déesse. Il est arrivé en ville il y a quelques années et est devenu le favori de la cour. Depuis les choses ont empiré en ville. Les taxes sur les vols et recèles ont beaucoup augmenté, la guilde des voleurs s’est complètement disloqué en factions rivales et violentes. Les marchants venu du désert évitent la ville, se rendent plus au nord pour vendre leurs marchandises, quitte à trainer leurs chameaux quelques jours de plus. Les prêtresses d’Ishtar et les mécènes ont fini par quitter la ville. Les pauvres meurent de faim et certains n’hésitent plus à se manger entre eux. En ce qui concerne le monstre, les gens disent que c’est une sorte de punition mais le gamin ne comprend pas pourquoi. Le salk, lui, accuse la bête de tous les maux, mais les disparitions dues à ce qui rôde dans les profondeurs ne sont rien comparer à la misère qui frappe la ville.

Finalement vous arrivez à la cachette du fameux Harim. Dans un bâtiment à peu près en état devant un escalier deux hommes se disputent. L’un d’eux veut entrer l’autre lui dit que c’est hors de question que cette grosse truie n’a qu’à tuer son monstre toute seule. Guivrech désignent celui qui bloque le passage. “C’est lui Harim”. Le ton monte entre les deux hommes. Harim dégaine un cimeterre et menace son adversaire. L’autre s’empare d’une grande épée et attaque sans hésiter. Les chocs de l’acier et les cris de rages résonnent dans le bâtiment. Harim semble avoir l’avantage.

Toi

Les deux adversaires entament un duel inégal. Les coups de l'homme désirant entrer tombent comme une pluie d'été, lourds et droits, sur Harim qui parvient sans trop de peine à les éviter, les feinter puis à répliquer avec des frappes rapides et précises. Le premier est lourd et brutal. Son comportement au combat reflète tout du joueur appâté par le gain qui lui permettra enfin de se refaire. Il n'est pas déterminé, mais désespéré.

Harim mène la danse. Il ne semble pas vouloir tuer son adversaire, du moins pas tout de suite. Il semble même prendre un certain plaisir à dominer la partie, faisant claquer ici sa lame contre les côtes de son assaillant, le laissant trébucher là dans un tas de foin, le regardant emporté par ses propres mouvement tandis que lui tourne en faisant claquer ses talons.

"Un peu d'exercice ne me fera pas de mal. Et puis... une épée vaut mieux qu'un crochet", pensai-je alors.

M'étant mis à l'écart pour observer la scène, je me trouve dans le dos d'Harim. L'autre lui fonce dessus, tête baissé et abat son épée dans un mouvement puissant mais sans maîtrise. Au dernier moment, Harim se décale légèrement sur sa gauche laissant l'autre trébucher en avant, emporté par son épée et ses jambes désordonnées. Sa course malheureuse s'achève sans bruit contre moi. Je l'entoure avec mon bras droit. L'homme me regarde avec surprise avant de s'écrouler, le torse couvert de sang. Je lâche alors mon crochet et ramasse son épée. Je l'observe un moment (acier et facture de qualité moyenne), avant de porter mon regard sur Harim qui m'observe intéressé.

- "Si tu es celui qui réponds au nom d'Harim, saches que je désire entrer dans les tunnels, et ce, quoi qu'il t'en coûte. Je ne sers pas la reine, je ne souhaite pas l'engrosser. Ce que je veux, c'est la tête de son Grand Salk. Laisse moi passer.

Moi

-« Quoi ? Héhé audacieux, j’aime bien. Mais frère avec l’annonce qui vient d’être faite cette entrée (il désigne le trou d’un geste) va valoir de l’or. Plus que la camelote que je planque dedans. C’est vrai que rien que de se débarrasser de cette enflure de salk sans se salir les mains c’est tentant, mais… je ne peux pas te laissé passer comme ça. S’il y en a un qui rentre les autres vont vouloir suivre et dans une heure tous les tire-laines du coin vont se balader dans mon trou et me foutre le bordel dans mes affaires. Faut qu’il y ait un droit d’entrée.

Bon on va voir les choses autrement (il agite son sabre. Il a l’air de réfléchir plus vite qu’il ne parle.) Si la truie qui nous sert de reine n’a pas de fille et qu’elle vient à clamser, ce sera la guerre civile ici, et ça ce n’est pas bon pour les affaires. Entre la mort du salk et éviter la guerre civile c’est dur de choisir. Alors je veux bien te laisser passer, mais je veux ta parole que tu te taperas la reine quand même. En échange je retiendrais tous les crevards qui vont se radiner, le temps que je pourrais. Je sais bien que vous, les gens du nord, ce n’est pas l’honneur qui vous étouffe, mais admettons que ça marche c’est plutôt bon pour mon compte. Au pire tu te ferras bouffer par le monstre et moi j’aurais fait monter les prix du droit d’entrée… hum… Alors t’en dis quoi ? »

Toi

"Ca me semble honnête... hum... et personne n'est censé savoir que tu me laisses passer". En désignant le gamin : "Et je crois que notre ami ici connais l'intérêt qu'il a à tenir sa langue". Puis revenant vers Harim : "Soit ! Je l'engrosserai, s'il n'y a que ça."

Je jette un coup d'oeil sur l'épée : "J'imagines que l'on peut conclure une petite transaction pour un matériel de meilleur qualité. Par où dois-je partir ?"

Moi

Quelques pièces disparaissent de ta poche dans la sienne. Dans le trou, c’est un foutoir incommensurable. Tu y trouves tout de même, au milieu des marchandises volée, des petits butins et des denrées moisies un glaive à la lame émoussée mais bien équilibré, une targe en cuir d’apparat et un haubert de maille rouillé à peu près à ta taille.

Une fois équipé, Harim te conduit à la lueur chaude d’une lampe à huile dans les méandres des souterrains jusqu'a une lourde herse en fonte. Il te tend la lampe le temps d'action un mécanisme. La herse se lève difficilement. Il te fait signe de prendre les devants. Tu n’as fait que quelques pas lorsque la herse retombe avec fracas.

Harim éclate de rire: -”Haha voila une bonne prise. Ne t’éloigne pas trop, le temps que le salk et la Ligue fassent monter les enchères le monstres t’auras éviscéré mais j’aimerais ne pas avoir à trop traîner dans ces égouts pour retrouver ta tête. A bientôt MOUHAHAHAHAHA ! “

Il s’éloigne te laissant seul à l’entrée de ce dédale obscur.

Toi

"Quel enculé... j'aurais dû m'en douter. La Ligue est vraiment prête à soudoyer le moindre rat pour arriver à ses fins. Qu'importe, ça ne change rien. Une fois la tête du monstre sous le bras. Bah..."

Tournant la tête vers le labyrinthe, j'aperçois un tunnel en pierres qui s'enfonce sous le sol. Au fond, la lumière de l'extérieur est encore assez forte pour m'annoncer la suite avec deux embranchements, qui semblent déjà plus bas et plus sombres. A mesure que je descends, l'humidité sur les murs devient plus présente, les formes s'amenuisent avec l'obscurité, et le sol pavé se change en terre battue. La fraîcheur et l'odeur de moisi qui caractérisent généralement ces endroits sont également au rendez vous.

Pourtant, une aigreur particulière m'envahi les narines. Encore légère, certes, mais peu familière. Gauche ou droite. Un courant d'air un peu plus chaud semble porter cette odeur âcre, je me dirige vers ma gauche.

Une lumière de torche au loin, des bruits de pas. Plus un bruit. Je m'avance lentement, calmement. Devant moi, un être quelque peu hésitant avance à petit pas vers les ténèbres. D'un bond, j'atterri dans son dos et lui plante mon épée sous les côtes. Il s'effondre avec un petit cri rapidement étouffé par le sang qui afflue dans sa gorge. Pas de chance mon ami. Vu ta dernière expression, tu ne semblai pas vraiment convaincu de ta réussite. Voyons voir .Quelques pièces, un peu de pain, de l'eau. C'est déjà ça. Je garde ta dague au cas où. Ton bouclier est bien trop lourd pour être utile. Mieux vaut m'en passer. Quant à ce qui te semblait être une armure, je ne rentre de toute façon pas dedans. Ramassant la torche, j'en réduis la flamme en la tapotant avec un bout de tissu, et la tiens contre le sol en avançant. Mieux vaut s'habituer à peu de lumière si jamais je dois m'en séparer.

Guidé par l'odeur de chair en décomposition, je continue ma descente aux enfers. Stop. Des voix. J'éteins la flamme sous ma chaussure, et m'enveloppe dans ma cape en m’aplatissant contre le mur.

Moi

Une fois de plus, tapi dans l’ombre, tu ralentis ta respiration, fermes les yeux, te concentres sur les sons, les vibrations du sol. Les éclats de voix se transforme vite en cris de guerre, ou de rage. Tintement de métal contre du dur. Une sorte de grattement étrange, de vibrations multiples sur le sol, comme si on traînait mille petites choses lourdes. Puis les cris changent. Deviennent des cris de douleurs, puis de peur. De terreur blanche et pure. Le cris d’esprits qui se fendent. Ça détale dans tous les sens et ça se rapproche.

Tu ouvres les yeux, la lumière d’une torche qu’on agite s’approche. Un homme court vers toi, sans te voir. Il fuit désespéré. Tu l’attrape au vol, le tiens par le col. Son regard est transparent, illuminé. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il tourne lentement la tête, tant bien que mal, se contorsionne. Puis, se met à hurler.

Tu lèves les yeux et aperçois la chose.

Toi

Le Monstre.

Un tas de chair putride dont la masse emplit tout mon champ de vision. A quelques pas de moi s'agitent dans l'air des membres disproportionnés et désarticulés recouverts d'une peau blanche, presque transparente, lacérée et suintante. Au bout de chaque bras, ce qui ressemble à une tête d'enfant qui serai né sans yeux, sans oreilles ni nez, et sans grand chose d'humain. Chacun de ces visages tordus de douleur fait claquer au hasard une large mâchoire ensanglantée d'où s'échappe un cri strident à fois qu'elle se referme dans le vide. L'odeur est insoutenable.

La bête est énervée, ses "bras" s'agitent dans tous les sens, mais ils ne peuvent aller plus loin. Le Monstre est resté prisonnier plus loin, à l'entrée du tunnel, peut-être par une grille, certainement par sa taille.

Un homme se crispe autour de mon bras. Il ne peut s'empêcher d'hurler. Il se contracter, cherche à s'agripper à moi par tous les moyens, me serrant entre ses doigts crochus, griffant mon visage. Pourtant, il ne peut détourner ses yeux écarquillés de la bête. Ses yeux saignent de terreur et de sécheresse, ils ne clignent même plus.

Profitant d'un moment ou celui lâche sa prise pour la reprendre avec plus de force, je repousse d'un mouvement brutal. Incapable de contrôler le moindre de ses mouvements il trébuche et s'emporte lui même vers les gueules qui le déchiquettent lambeau après lambeau. Crispé dans sa terreur, il se voit disparaître peu à peu, par petits morceaux que se disputent les faces. L'homme cesse hurle encore un moment après que son visage a laissé place à son crâne nu avant de s'éteindre. Dès lors, la créature commence à montrer des signes d'impatience et semble s'en désintéresser. Ce n'est pas la faim qui la tiraille.

C'est le moment que je choisi pour m'élancer en faisant tournoyer et mouliner mon épée devant moi, cherchant à trancher chaque tête et après elle, tranche après tranche, les bras qui s'agitent en frappant les murs du tunnel. Je dois atteindre le coeur.

Moi

La bête s’agite en secousses violentes. Le vielle maçonnerie des souterrains craque et se fend dangereusement. Après un sursaut le monstre commence à reculer. Des pierres s’effondrent.

Tu ajustes ton bouclier. Essuies la sueur qui empoisse ta main d’épée. Tu serres la garde et les dents. Tu as déjà combattu des tigres et des lions dans les arènes de Krön et des choses bien pires lorsque tu fuyais dans des plaines désolées que personne ne s’était donné la peine de nommer. Qu’est-ce qu’une petite aberration citadine à côté de ça ? Tu n’as pas peur. Tu charges.

Les « têtes » s’écrasent sur ton bouclier. Tu restes concentré. Une mâchoire se referme sur ta cheville. Tu la dégages d’un coup de lame. Un flot de sang te recouvre. Tu frappes deux coups secs vers le cœur. Toutes les têtes hurlent. Mais le sang bouillant des guerriers qui coule dans tes veines assourdit le monde qui t’entoure. Le monstre recule encore. L’entrée se dégage. Une grande pièce froide plongée dans l’obscurité. Les bras s’agitent comme des vers, tentent de déplacer la masse informe qui leur sert de corps. Le sang qui s’écoule de ses nombreuses blessures rend le sol gluant. Calmement tu fais le tour de ton ennemie. La bête est à l’agonie. Son long corps de larve est agité de spasmes. Elle n’en a plus pour longtemps.

Tu te retrouves face à la tête. Énorme visage de nouveau-né aux yeux noirs, tordu par une douleur atroce. Derrière toi tu entends des bruits de pas. Des torches s’approchent et éclairent la salle. Tu restes un moment fasciné par le monstrueux visage. Sa bouche s’ouvre, son corps se contracte. Il vomit un hideux mélange de lait et de sang. Sa souffrance semble infinie. Tu brandis haut ta lame et l’abat sur le crane du monstre. La chose, l’enfant-abomination, se fend en deux. Tu es victorieux.

Tu te retournes. La pièce s’est emplie de soldast, de chasseurs de primes, de gardes. Tous te regardent avec un mélange d’admiration et de dégout. Tu ne peux t’empêcher de penser que tu viens de commettre un meurtre.